Témoignages d’anciens mutiques

Témoignage d’une jeune fille de 18 ans sur son parcours. A lire ici Témoignage jeune fille 18 ans

Témoignage d’une ancienne mutique sélective : « Ce qui a volé ma scolarité » à lire ici

Témoignage d’une ancienne mutique sélective :

Bonjour, j’ai aujourd’hui 18 ans et en repensant à mon enfance quelque peu originale, je me suis mise à faire des recherches pour voir si d’autres jeunes avaient été dans le même cas que moi, et surprise ! Ils sont nombreux et ce trouble porte un nom le « mutisme sélectif ». Je n’en avais jamais entendu parler jusqu’à aujourd’hui pourtant. Je me suis décidée à témoigner de ce que j’ai ressenti pour peut-être aider les parents et professeurs…. lire la suite ici

13 ans de silence : témoignage d’une ancienne mutique sélective.

J’ai été mutique sélective et phobique sociale sévère pendant près de 13 ans. De l’âge de 3 – 4 ans jusqu’à 17 ans. Je ne parlais qu’à mon entourage très proche (mes deux parents et mes trois frères, dont l’un d’entre eux est autiste profond), je restais muette face au reste du monde, y compris le reste de la famille.
Je n’ai entendu parler de phobie sociale et de mutisme qu’à l’âge de 19 ans mais j’étais alors déjà sortie de cet enfer.
Je n’ai aucun souvenir de mon enfance avant mon mutisme. J’ai vu deux psychologues cliniciens pour mon trouble qui n’avait pas de nom. La première fois à l’âge de 8 ans et la deuxième fois à 12 ans. Pendant plusieurs mois ils sont restés silencieux face à mon silence et n’ont tenté aucune approche, attendant que je sorte par moi-même de ce blocage. Cela ne m’a été d’aucune aide. Cette approche qui est très psychanalytique n’est d’aucun secours face à de telles pathologies et je ne la recommande à personne souffrant de ce trouble.
A part ma mère et mes frères et certains autres proches qui me servaient régulièrement d’interprètes, mon mutisme et ma phobie étaient très mal vécus par l’entourage proche (la famille), les professionnels de l’éducation (instits etc…), et tous les autres (commerçants, passants …) puisque cette pathologie n’était alors que très peu connue.
Les enfants abusaient parfois de mon problème, à qui allais-je raconter les horreurs qu’ils me faisaient si je n’avais pas de voix ? Les adultes pouvaient également être tout aussi cruels, selon une grande majorité d’entre eux, c’était moi le problème : « ce n’est pas que je ne pouvais pas parler mais que je ne voulais pas. » J’ai longtemps été qualifiée de petite fille égoïste et hautaine car je n’estimais pas les autres suffisamment bien pour moi pour leur adresser la parole. J’ai même fini par les croire. Certains ont refusé de me donner à manger pour me faire parler et culpabilisaient ensuite devant leur échec.
Je me souviens envier les sourds qui eux avaient un moyen de communication. D’ailleurs je travaille dans le milieu de la surdité, cette fascination pour la langue des signes ne m’a jamais quitté. Mais moi, je n’étais ni sourde, ni muette ni rien du tout, il n’était donc pas normal que je ne parle pas. On me reprochait parfois de vouloir imiter mon frère autiste mais pour lui c’est normal de ne pas parler, alors pourquoi ce silence de ma part ?
Cette pression des autres a été très présente et très forte durant toute mon enfance et mon adolescence ne rendant mon mutisme et mon angoisse que plus présents et écrasants encore. En réalité, la sélection de mon mutisme était régie par des règles extrêmement strictes, précises et complexes et ne correspondait en rien à l’affection que j’éprouvais ou non pour les autres.
Seule, j’ai appris à mettre en place des stratégies type TCC (thérapies cognitivo-comportementalistes) sans savoir alors que ça en était, pour gérer mon stress, mes angoisses et me jeter dans la gueule du loup. Les situations sociales les plus simples étaient pour moi aussi angoissantes que de me jeter du haut d’un pont. Je me suis donc donné des exercices simples au début et peu anxiogènes pour lutter contre ces angoisses et me sortir du silence (demander l’heure ou mon chemin dans la rue même si je n’avais pas besoin de le savoir, rentrer dans une boulangerie et acheter du pain…). Bien que ces exercices semblent simples et à la portée de tous, ils représentent une situation cauchemardesque et extrêmement difficile à gérer pour un mutique sélectif.
J’ai conservé ces stratégies, me donnant des exercices de plus en plus difficiles (parler en publique, faire des exposés en classe, chanter en publique…) Aujourd’hui, je gère parfaitement mon stress bien que l’angoisse demeure toujours. Maintenant de façon générale, je suis bien plus à l’aise que les autres face à un large publique. Cependant j’use encore des techniques TCC pour me détendre et aller de l’avant. Le silence dans lequel j’ai été plongé si longtemps a généré une maladresse des codes sociaux dans ma vie actuelle. Les règles de convivialités et les codes qui nous gouvernent sont normalement acquis pendant l’enfance et l’adolescence. J’ai donc beaucoup de retard sur le reste du monde et il m’arrive fréquemment de mettre « les pieds dans le plat » ce qui me vaut de passer pour quelqu’un de très direct, dépourvu de sensibilité et d’empathie. Or, les personnes atteintes de mutisme sont généralement des personnes dotées d’une sensibilité hors norme ce qui génère donc ce trouble mutique.
Malgré ces épreuves, je réussi à rattraper ce retard en le compensant par une accrue curiosité du monde que je n’ai pas pu découvrir enfant. A l’heure actuelle il me semble que toute personne atteinte de phobie sociale et/ou de mutisme sélectif peut s’en sortir mais restera de nature angoissée. J’ai appris à vivre avec cette peur, non seulement elle fait partie de moi, mais elle me permet aussi d’avoir une grande sensibilité à la compréhension des autres, de leur comportement, leur gestion de leurs émotions.
Grâce à cela j’ai choisi d’étudier la psychologie, mon souhait est de me spécialiser dans les troubles sociocognitifs. J’ai habité dans plusieurs pays et je parle aujourd’hui 4 langues. Même si les angoisses persistent encore parfois, j’ai fait de ma pathologie un atout et j’en suis fière.


 

« Bonjour, Je m’appelle Sylvain, j’ai 18 ans et je suis actuellement en classe de terminale S. Je vous contacte pour vous faire part de mon soutien puisqu’il semblerait que je fus (sois) atteint de mutisme sélectif.
En effet, durant toute mon enfance jusqu’à 10 ans j’ai été très solitaire et je ne pouvais parler qu’aux membres de ma famille proche (mes parents et mes 4 frères et soeurs). Je hochais la tête pour répondre en classe. En entrant au collège, un petit groupe de camarades s’est pris d’affection pour moi et au fil des mois j’ai pu commencer à leur parler comme je le faisais chez moi. Cependant, mon père et mon oncle étant enseignants dans le collège où j’étudiais, j’étais souvent la victime de certains dans la cour de récréation et le fait que ma mère soit devenue hémiplégique n’a pas arrangé la confiance que j’avais en moi.
Ce mutisme a continué jusqu’à mes 17 ans. Je suis tombé malade peu de temps avant mon 16ème anniversaire ce qui m’a fait perdre un an. Ce n’est qu’après cet épisode malheureux qui m’a beaucoup affecté que j’ai décidé de « changer » de vie. J’ai commencé à m’ouvrir aux autres, je parviens même à sortir avec des amis en soirée.
Voilà mon histoire ! J’ai toujours quelques appréhensions à rencontrer de nouvelles personnes, il me reste encore des séquelles , par exemple, lorsque je parle à un ami dans la rue et qu’une personne passe près de nous je me sens encore obligé de stopper la conversation (du moins le temps qu’elle soit passée) ; sinon dans la globalité j’ai une vie épanouie, un bon petit nombre d’amis et sur le plan scolaire c’est aussi une réussite puisque j’intègre à la rentrée prochaine un très bon lycée pour suivre une classe préparatoire en biologie.
J’espère que ce témoignage aura apporté un peu d’espoir aux parents qui s’inquiètent quant à l’avenir de leurs enfants. Bon courage à vous ! »


Témoignage de Sylvain

 


Depuis toujours j’ai moi aussi le mutisme sélectif, j’ai jamais réussi à parler en dehors de chez moi et surtout pas à l’école. Je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à parler en dehors de chez moi, je pensais avoir un problème et je croyais qu’il n’y avait que moi qui avais ça, et en grandissant j’ai cherché sur internet et j’ai vu qu’il y avait d’autre gens comme moi. Par contre en grandissant, en rentrant au collège, je commençais à parler à tous les élèves de la classe, alors qu’en primaire je parlais qu’à une ou deux amies. J’ai alors pensé qu’il fallait que je change de collège, car je me suis dit qu’ils avaient l’habitude que je ne parlais pas, alors je voulais aller dans un autre collège, et l’année dernière, j’ai fais ma rentrée en 4ème. En plus je venais de redoubler ma 4ème alors je me suis dit que j’avais rien à perdre, je n’allais plus avoir d’amis, alors ma mère a été d’accord pour me changer de collège, je me suis dit que j’avais pas droit à l’erreur, et que personne n’allait comprendre pourquoi je ne parlais pas, parce que dans mon ancien village ça faisait 6 ans qu’on me connaissait, alors dans cette nouvelle ville, et ce nouveau collège, il fallait vraiment que je me lance et que je sois comme tout le monde. Et en septembre, j’ai enfin réussi à tout d’abord lever la main lors de l’appel, je suis déjà la dernière de la liste alors ça me fait beaucoup stresser, j’attendais que le prof dise mon nom et ça me faisait stresser, je pensais que j’allais jamais y arriver, et puis je me suis lancée, après tout je suis comme tout le monde, c’est vrai qu’on me trouve timide, mais à l’heure d’aujourd’hui  je n’ai plus ce problème de parler à des inconnus, chaque jour qui passe c’est loin derrière moi ce mutisme que j’avais. J’ai bientôt 15 ans, et je suis contente d’être comme tout le monde, parce que je ne voulais surtout pas revivre mon enfance, être chez des psy qui ne comprennent rien et qui ne savaient même pas ce que j’avais… Et depuis l’été dernier (2012) je me suis mis sur un blog pour pouvoir parler avec des gens, c’était pour moi un entrainement car je stressais beaucoup de faire cette rentrée, et depuis que j’ai un copain, je deviens encore moins timide, c’est limite que je suis moins timide que ceux qui parlent depuis toujours, et du coup je parle de temps en temps avec une jeune fille qui est toujours en galère de ce mutisme, j’essaie d’aider les autres vu que je suis passée par là moi aussi. En tout cas je suis bien contente de ne plus être une fille mutique, je me sentais trop différente, j’en souffrais et plus je grandissais et plus j’allais mal, heureusement que j’ai changé de collège, sinon je serais toujours pareil qu’avant. J’ai beaucoup pris sur moi et je ne savais pas que j’étais aussi courageuse que ça !

Une jeune fille sortie du mutisme

 

« Bonjour, J’ai été mutique sélective jusqu’au lycée. Je pense en avoir compris le mécanisme aujourd’hui et trouver la pièce qui manquait au puzzle : il faut qu’il y ait eu un pont entre le milieu familial et le monde extérieur (l’école par exemple) pour que l’enfant ait le sentiment que les parents passent le relais aux personnes de l’école, comme si l’école devenait un prolongement de la famille, comme si les parents donnaient l’autorisation à l’enfant de parler aux autres comme à la maison. Je me sentais tout d’un coup en confiance quand je voyais mes parents discuter avec sympathie avec mes professeurs : tout d’un coup, je voyais ces professeurs comme des oncles ou tantes, alors je me mettais à parler. C’est comme si mes parents m’avaient confiée à mes professeurs et que j’avais le droit de continuer à grandir avec eux, en l’absence de mes parents. Certains enfants, comme mon fils, ont une grande peur de toute situation inconnue. Mais dès que je le mettais en confiance en interagissant moi-même avec ce nouveau lieu devant lui, il s’autorisait à s’approprier le lieu, et c’était parti sur les rails à long terme. Il suffit de quelques secondes pour amorcer le pont entre les deux rives. Je pense que les mutiques ont beaucoup eu besoin de ce pont, faute de quoi ils se coupent en deux, laissant une partie de ce qu’ils sont à la maison, c’est-à-dire ici la parole. Ils ont besoin de traverser le pont entier pour exister. D’autres enfants n’ont pas autant ce besoin : quand on réfléchit, pour certains, le pont est le doudou. Une partie d’eux et de leurs parents sont dans le doudou. Le parent est donc symboliquement présent dans le nouveau lieu. L’enfant peut donc aborder le lieu avec un repère représentant sa famille. C’est pourquoi je suis contre les ruptures brutales à l’entrée à l’école, et je pense qu’une petite demi-journée d’adaptation n’est jamais nuisible, même si l’enfant pleure: au moins, il pleure en présence du parent, c’est mieux que de s’enfermer dans le mutisme ou se couper en deux. Pleurer est déjà s’exprimer, c’est donc exister entièrement.

J’ai 34 ans et je continue à travailler ce « pont » qui manquait. J’ai toujours très peur de parler en public. Mais cette peur se dissipe à mesure que je rencontre des situations où ma famille interagit avec des personnes « de la société ». Plus cette frontière famille-société se dissout, plus j’arrive à recoller les deux morceaux de ma personnalité (personnalité authentique en famille et personnalité socialement adaptée ou socialement construite) et donc à m’unifier. Plus je deviens authentique en société et j’arrête de jouer le rôle dans lequel j’ai été enfermée en société : celui d’une timide (de mon fait ? du fait du regard des autres ?).
Je voudrais dire que si des enfants sont mutiques, ce n’est pas « de la faute » des parents, comme la plupart des psychologues auraient peut-être tendance à affirmer. En général, ces enfants sont bien écoutés et épanouis en famille, ils ne sont aucunement maltraités ni incompris.
Ils sont simplement très réceptifs et sensibles (peu importe la raison : héritage familial, naissance difficile ? etc.). Réceptifs donc ouverts. Sensibles donc avec beaucoup de potentiel créatif et de capacité d’empathie. Mais pas timides dans le sens « fermé ». Simplement, face à une situation et un lieu nouveaux, ils se posent la question de savoir s’ils peuvent de lâcher comme à la maison, si on leur permet de traverser le pont ou non. Tant qu’ils n’ont pas eu la réponse par leurs parents (« je te confie aux autres, tu as le droit d’être toi-même »), ils vont essayer de coller à l’image que leur donnent les autres, souvent une image de « timides »… et c’est l’engrenage vers une perte d’authenticité, et donc un mal-être injuste du fait d’une incompréhension. Pourtant ils ont une énorme envie de s’ouvrir aux autres (d’autres enfants moins « timides » sont au contraire plus fermés et s’intéressent moins aux autres), de leur faire des bisous à tous, car je viens de dire qu’ils ont eu généralement beaucoup d’amour à la maison.
Le regard de la société emprisonne : on ne peut pas se laisser s’exprimer. La colère est réfrénée, l’effusion de sentiments fait peur. On n’a pas le droit d’être « trop affectueux ». Ces enfants entiers pleins d’affection sont injustement freinés dans leur authenticité : ils sont coupés en deux de manière douloureuse. Beaucoup d’enfants qui au contraire s’intègrent, car peut-être moins sensibles au départ, ont vite appris à adopter un masque « fait plaisir », « sois fort », « fait parfait ». Ils supportent mieux d’être coupés en deux. Parfois ils ne savent même pas qu’ils sont coupés en deux. Ils construisent leur identité sur des images (« je suis mon métier », « je suis bien car je fais des actions bien » et non pas « je suis moi, tout simplement »). C’est bien dommage.

Je vous souhaite une bonne continuation dans ce que vous faites, je suis heureuse que votre association existe pour redonner la voix à l’authenticité et faire taire les jugements injustes qu’il peut y avoir autour. J’espère que ces messages toucheront les milieux scolaires, assistantes sociales, pédopsychiatres, etc. »

Une ancienne mutique

« J’ai reçu un message de Valérie Marschall, nous indiquant que vous rencontriez quelques difficultés avec la psychologue scolaire qui ne semblait pas comprendre le mutisme sélectif.
Je vous envoie donc un petit mot à son intention, pour vous aider, votre fille et vous.

Je suis âgée de trente-sept ans et vais très bien. J’ai été dans le même cas que votre fille, et ma mère, dans le même cas que le votre.
Votre petite n’a pas de problèmes, sinon, vous le savez, une peur qui l’empêche de parler, liée à l’absence de protection psychique pour se défendre des autres qui agissent sur ses émotions qu’elle ne sait pas maîtriser.
Pas de mots = pas d’interaction = protection = sécurité.

Elle a juste besoin de se sentir en sécurité, c’est tout. Ce pourquoi elle parle à la maison et pas à l’extérieur.

Pas de violences subies, non plus, pas de troubles psychiques, pas de retard mental. Juste une faiblesse émotive qui fera d’elle une jeune fille sensible et délicate avant de devenir une femme forte et communicative !

Il lui faut juste un petit peu plus de temps que les autres pour s’adapter à ce monde et aux individus qui le composent. C’est un problème émotif lié à une absence de confiance en soi doublée d’une peur panique de se faire agresser ou moquer. Rien de grave en soi, mais il faut l’aider quand même. Avec le temps, elle apprendra à se construire de l’intérieur pour affronter ce monde en maîtrisant ses angoisses qu’elle remplacera par des émotions positives.

Je vous souhaite beaucoup de courage en espérant que ce petit mot vous aidera dans votre démarche. »

Une personne qui a souffert de mutisme sélectif dans son enfance